Retour au journal

Chardon-marie : silymarine, foie et ce que montrent les études

Plante traditionnellement associée au foie, le chardon-marie a été testé dans des dizaines d'essais. Résultats contrastés, absorption faible, bonne tolérance : ce que la science permet d'affirmer, et ce qu'elle ne permet pas.

Fleur et feuille marbrée de chardon-marie, graines dans une coupelle hexagonale sur fond bleu ciel

Le chardon-marie (Silybum marianum) est l'une des plantes les plus vendues pour le foie. Son extrait, la silymarine, a été testé dans des dizaines d'essais cliniques chez des personnes atteintes d'hépatite, de maladie du foie liée à l'alcool ou de stéatose. Que montrent vraiment ces études ? Voici ce que la recherche permet d'affirmer, ce qui reste incertain, les doses étudiées, l'absorption et les précautions à connaître.

L'essentiel

  • Le chardon-marie apporte de la silymarine, un mélange de flavonolignanes extrait de ses fruits, souvent appelés graines.
  • Une revue Cochrane de 18 essais n'a pas montré d'effet sur la mortalité dans les maladies du foie liées à l'alcool ou aux hépatites.
  • Dans la stéatose, une méta-analyse observe une baisse des transaminases, mais les essais avec biopsie restent contrastés.
  • La silymarine est bien tolérée mais peu absorbée. L'EMA la déconseille pendant la grossesse, l'allaitement et avant 18 ans.

Qu'est-ce que le chardon-marie ?

Le chardon-marie est une plante épineuse de la famille des Astéracées, originaire du bassin méditerranéen. On le reconnaît à ses grandes feuilles vert foncé marbrées de veines blanches et à ses fleurs pourpres. Selon une légende chrétienne, ces marbrures seraient des gouttes du lait de la Vierge Marie, d'où son surnom de « lait de Notre-Dame ».

La partie utilisée est le fruit, un petit akène sec que l'on appelle couramment graine. Consommé comme aliment et comme plante médicinale depuis des siècles, le chardon-marie est aujourd'hui surtout vendu sous forme d'extraits concentrés en silymarine.

Qu'est-ce que la silymarine ?

La silymarine n'est pas une molécule unique, mais un mélange de flavonolignanes : silybine A et B, isosilybine A et B, silychristine et silydianine. La silybine, aussi appelée silibinine, est la plus étudiée. Les extraits vendus sont obtenus avec des solvants (éthanol, acétone, acétate d'éthyle…), qui concentrent ces composés bien au-delà de leur teneur dans la graine.

En laboratoire et chez l'animal, la silymarine se comporte comme un antioxydant et module l'inflammation et la fibrose. Ces propriétés expliquent l'intérêt pour le foie, mais elles ne suffisent pas à prouver un effet chez l'humain : seuls les essais cliniques peuvent répondre.

Que montrent les études sur le foie ?

Réponse courte : les résultats sont contrastés. Les essais les plus rigoureux ne montrent pas de bénéfice clair sur les critères qui comptent, comme la mortalité ou l'état du foie à la biopsie. Certains signaux existent sur les marqueurs sanguins, mais leur portée reste à confirmer.

Hépatites et maladie alcoolique : la revue Cochrane

En 2007, la collaboration Cochrane a rassemblé 18 essais randomisés portant sur 1 088 patients atteints de maladie alcoolique du foie ou d'hépatite B ou C. Le chardon-marie n'a réduit ni la mortalité globale ni les complications. La mortalité liée au foie était plus basse dans l'ensemble des essais, mais pas dans ceux de bonne qualité méthodologique. Pour les auteurs, ces résultats remettent en question l'intérêt de la plante dans ces maladies.

Un essai américain plus récent va dans le même sens. Chez 154 patients atteints d'hépatite C, 420 ou 700 mg de silymarine trois fois par jour pendant 24 semaines n'ont pas fait baisser les transaminases (ALT) davantage que le placebo.

Stéatose hépatique : des signaux sur les marqueurs

La stéatose non alcoolique, ou « foie gras », est le terrain le plus étudié aujourd'hui. Une méta-analyse de 8 essais randomisés, publiée en 2021, a observé une baisse plus marquée des transaminases sous silymarine que sous placebo, indépendamment de la perte de poids. Ses auteurs soulignent toutefois la qualité inégale des études incluses.

Les essais avec biopsie sont moins nets. En Malaisie, 99 patients atteints de stéatohépatite (NASH) ont reçu 700 mg trois fois par jour ou un placebo pendant 48 semaines. Le critère principal, une baisse d'au moins 30 % du score d'activité, n'a pas différé entre les groupes (32,7 % contre 26,0 %). La fibrose a en revanche reculé chez 22,4 % des patients du groupe silymarine contre 6,0 % sous placebo, un résultat secondaire qui demande confirmation. Un essai américain mené chez 78 patients n'a, lui, montré aucun bénéfice.

Et chez une personne en bonne santé ?

Aucun essai n'a montré qu'un foie sain fonctionne mieux avec du chardon-marie. L'Agence européenne des médicaments (EMA) admet, pour les médicaments traditionnels à base de chardon-marie, un usage pour soulager les troubles digestifs et soutenir la fonction du foie. Cet usage repose sur l'ancienneté d'emploi, pas sur des essais concluants, et suppose qu'une maladie sérieuse ait été écartée par un médecin.

Chardon-marie et glycémie : une piste à confirmer

Une méta-analyse de 5 essais réunissant 270 patients diabétiques de type 2 a observé, sous silymarine, une baisse de la glycémie à jeun d'environ 27 mg/dl et de l'hémoglobine glyquée d'environ 1 point. Les auteurs jugent toutefois les preuves de faible qualité et ne formulent aucune recommandation. Le centre de médecine complémentaire des NIH américains note que la plupart de ces études viennent du Moyen-Orient. D'autres ingrédients sont étudiés sur ce terrain, comme la berbérine et ses essais sur la glycémie ou le gymnema et l'envie de sucre.

Chardon-marie et cancer : où en est la recherche ?

Les études de laboratoire sur la silymarine et les cellules cancéreuses sont nombreuses, mais aucune n'autorise à parler d'effet anticancéreux chez l'humain. La recherche clinique s'est surtout intéressée à la tolérance du foie pendant les chimiothérapies. Dans un essai pilote chez 50 enfants atteints de leucémie aiguë lymphoblastique avec une atteinte du foie, le chardon-marie n'a pas modifié les transaminases à 28 jours. Une tendance favorable est apparue à 56 jours, sans plus. Toute prise pendant un traitement anticancéreux doit être discutée avec l'équipe d'oncologie.

La silymarine est-elle bien absorbée ?

Non, et c'est une limite majeure. La silymarine se dissout mal dans l'eau, franchit peu la paroi de l'intestin et est rapidement transformée par l'organisme. Chez 3 volontaires ayant pris 600 mg d'extrait, les flavonolignanes ont été éliminés en quelques heures. Au pic, la forme libre ne représentait qu'environ 17 % du total circulant, le reste étant déjà lié à des molécules d'élimination. Plusieurs techniques de formulation visent à améliorer cette absorption, mais leur intérêt clinique reste peu documenté.

Sous quelle forme et à quelle dose ?

Le tableau ci-dessous reprend les doses retenues par l'EMA pour les médicaments traditionnels et celles des essais récents.

Forme Dose de référence Remarque
Tisane de fruits broyés 3 à 5 g, 2 à 3 fois par jour Silymarine peu soluble dans l'eau
Poudre de fruits 300 à 600 mg, 2 à 3 fois par jour Moins concentrée qu'un extrait
Extrait sec 200 à 1 000 mg par jour selon l'extrait Vérifier la teneur en silymarine
Silymarine en essai 420 à 700 mg, 3 fois par jour Bénéfice non démontré

Les essais récents ont donc testé de fortes doses, de 1,26 à 2,1 g de silymarine par jour, sans bénéfice clair. On le trouve aussi associé à d'autres plantes dans certains compléments. Pour comprendre les différences entre gélules, capsules et comprimés, consultez notre article dédié.

Effets indésirables, contre-indications et interactions

Le chardon-marie est généralement bien toléré. Des doses de 700 mg trois fois par jour pendant 24 à 48 semaines n'ont pas entraîné plus d'effets indésirables que le placebo. Les effets rapportés sont surtout digestifs (ballonnements, nausées, diarrhée). Des maux de tête et des réactions allergiques sont possibles.

  • Allergie : à éviter en cas d'allergie aux Astéracées, comme l'ambroisie, le chrysanthème, le souci ou la marguerite.
  • Grossesse, allaitement, moins de 18 ans : la sécurité n'est pas établie et l'EMA déconseille l'usage.
  • Diabète : un effet sur la glycémie n'est pas exclu. Parlez-en à votre médecin si vous suivez un traitement.
  • Médicaments : peu d'interactions documentées et pas d'effet majeur sur les enzymes du foie qui dégradent les médicaments. Prudence toutefois avec les médicaments à marge thérapeutique étroite, comme les anticoagulants oraux, les hormones thyroïdiennes ou les immunosuppresseurs.

Un jaunissement de la peau ou des yeux, des urines foncées ou des selles décolorées imposent de consulter rapidement un médecin.

Que peut revendiquer un complément au chardon-marie ?

Aucune allégation de santé n'a été autorisée par l'Union européenne pour le chardon-marie. Un complément ne peut donc pas revendiquer d'effet sur le foie au titre de cette plante. La seule allégation autorisée qui mentionne le foie concerne un nutriment : « la choline contribue au maintien d'une fonction hépatique normale », pour un aliment apportant au moins 82,5 mg de choline pour 100 g, 100 ml ou par portion. Ce nutriment est présenté dans notre article sur la choline.

Questions fréquentes

Le chardon-marie est-il dangereux pour le foie ?

La base LiverTox des NIH, qui recense les atteintes du foie liées aux médicaments et aux plantes, ne l'associe à aucun cas d'atteinte hépatique. Le risque tient plutôt à la qualité des produits : des analyses ont trouvé des teneurs en silymarine différentes de l'étiquette, voire des contaminants (pesticides, microbes, toxines de moisissures). Privilégiez un extrait dont la teneur est indiquée.

Combien de temps peut-on prendre du chardon-marie ?

Dans les essais, des prises quotidiennes de 24 à 48 semaines ont été bien tolérées. L'EMA recommande toutefois de consulter si des troubles digestifs persistent plus de 2 semaines, car ils peuvent avoir une autre cause. Une prise prolongée mérite un avis médical.

Faut-il le prendre le matin ou le soir ?

Aucune étude n'a comparé les moments de prise. La monographie de l'EMA prévoit, selon les préparations, 2 à 4 prises par jour, avant les repas pour la tisane, la poudre et certains extraits. Les essais cliniques répartissaient la dose en 3 prises.

La tisane de chardon-marie a-t-elle un intérêt ?

La tisane fait partie des usages traditionnels reconnus par l'EMA, à raison de 3 à 5 g de fruits broyés par tasse. Comme la silymarine se dissout mal dans l'eau, une infusion en extrait probablement peu. Aucun essai clinique n'a évalué la tisane.

Le chardon-marie fait-il baisser le cholestérol ?

Les données ne vont pas dans ce sens. Dans la méta-analyse menée chez des patients diabétiques, la silymarine n'a eu aucun effet sur le profil lipidique, cholestérol et triglycérides compris.

Le chardon-marie fait-il maigrir ?

Rien ne permet de l'affirmer : les essais ont mesuré des marqueurs du foie, pas l'évolution du poids. Dans la stéatose, la baisse des transaminases observée sous silymarine était d'ailleurs indépendante de la perte de poids.

Chardon-marie et NAC : quel rapport ?

Les deux sont souvent associés dans les formules pour le foie, mais ce sont des substances très différentes. La NAC est un précurseur du glutathion, la principale molécule antioxydante fabriquée par nos cellules. Pour en savoir plus, lisez nos articles sur la N-acétylcystéine et sur le glutathion et son absorption.

Conclusion

Le chardon-marie est une plante bien tolérée et très étudiée, mais les preuves d'un bénéfice restent minces. La revue Cochrane ne montre pas d'effet sur la mortalité dans les hépatites et les maladies alcooliques du foie. Dans la stéatose, la silymarine fait baisser les transaminases dans certains essais, sans amélioration nette des lésions. Son absorption est faible et aucune allégation de santé n'est autorisée pour la plante. Si vous envisagez d'en prendre, choisissez un extrait dont la teneur en silymarine est indiquée et parlez-en à votre médecin, surtout en cas de maladie du foie, de diabète ou de traitement.

Sources

  1. Rambaldi A, Jacobs BP, Gluud C (2007). Milk thistle for alcoholic and/or hepatitis B or C virus liver diseases. Cochrane Database of Systematic Reviews, (4), CD003620. doi:10.1002/14651858.CD003620.pub3
  2. Fried MW et al. (2012). Effect of silymarin (milk thistle) on liver disease in patients with chronic hepatitis C unsuccessfully treated with interferon therapy: a randomized controlled trial. JAMA, 308(3), 274-282. doi:10.1001/jama.2012.8265
  3. Kalopitas G et al. (2021). Impact of Silymarin in individuals with nonalcoholic fatty liver disease: A systematic review and meta-analysis. Nutrition, 83, 111092. doi:10.1016/j.nut.2020.111092
  4. Wah Kheong C, Nik Mustapha NR, Mahadeva S (2017). A Randomized Trial of Silymarin for the Treatment of Nonalcoholic Steatohepatitis. Clinical Gastroenterology and Hepatology, 15(12), 1940-1949.e8. doi:10.1016/j.cgh.2017.04.016
  5. Navarro VJ et al. (2019). Silymarin in non-cirrhotics with non-alcoholic steatohepatitis: A randomized, double-blind, placebo controlled trial. PLoS One, 14(9), e0221683. doi:10.1371/journal.pone.0221683
  6. Voroneanu L et al. (2016). Silymarin in Type 2 Diabetes Mellitus: A Systematic Review and Meta-Analysis of Randomized Controlled Trials. Journal of Diabetes Research, 2016, 5147468. doi:10.1155/2016/5147468
  7. Ladas EJ et al. (2010). A randomized, controlled, double-blind, pilot study of milk thistle for the treatment of hepatotoxicity in childhood acute lymphoblastic leukemia (ALL). Cancer, 116(2), 506-513. doi:10.1002/cncr.24723
  8. Wen Z et al. (2008). Pharmacokinetics and metabolic profile of free, conjugated, and total silymarin flavonolignans in human plasma after oral administration of milk thistle extract. Drug Metabolism and Disposition, 36(1), 65-72. doi:10.1124/dmd.107.017566
  9. Javed S, Kohli K, Ali M (2011). Reassessing bioavailability of silymarin. Alternative Medicine Review, 16(3), 239-249. PubMed 21951025
  10. Soleimani V et al. (2019). Safety and toxicity of silymarin, the major constituent of milk thistle extract: An updated review. Phytotherapy Research, 33(6), 1627-1638. doi:10.1002/ptr.6361
  11. Agence européenne des médicaments (2018). European Union herbal monograph on Silybum marianum (L.) Gaertn., fructus (EMA/HMPC/294187/2013). ema.europa.eu
  12. National Center for Complementary and Integrative Health (2025). Milk Thistle: Usefulness and Safety. NIH. nccih.nih.gov
  13. LiverTox (mise à jour régulière). Milk Thistle. LiverTox: Clinical and Research Information on Drug-Induced Liver Injury, National Institute of Diabetes and Digestive and Kidney Diseases. PubMed 31644124
  14. Commission européenne (2012). Règlement (UE) n° 432/2012 du 16 mai 2012 établissant une liste des allégations de santé autorisées portant sur les denrées alimentaires, autres que celles faisant référence à la réduction du risque de maladie ainsi qu'au développement et à la santé infantiles. Journal officiel de l'Union européenne, L 136, p. 1 (version consolidée). eur-lex.europa.eu

Les compléments alimentaires ne remplacent pas une alimentation variée et équilibrée ni un mode de vie sain. Demandez conseil à un professionnel de santé en cas de traitement, de grossesse ou d'allaitement.

Poursuivre la lecture

Tout le journal

De la lecture au rituel.

Explorez les compositions, comparez les formats et prenez le temps de choisir.

Tous nos compléments
  • Antioxydant
  • Précurseur du glutathion

NAC 600mg

Antioxydant

N-acétyl-cystéine · 600mg

Jusqu’à 100 jours

24,90€
  • Relaxation
  • Sommeil

Zen

Relaxation

Magnésium bisglycinate, passiflore et vitamine B6

Jusqu’à 90 jours

24,90€
  • Élimination
  • Soutien du foie

Detox

Élimination

Artichaut, chardon-marie et NAC

Jusqu’à 90 jours

24,90€
  • Antioxydant
  • Pureté 98 %

Resvegen™

Antioxydant

Trans-resvératrol 98 % · RESROX®

Jusqu’à 60 jours

34,90€
  • Énergie cellulaire
  • Libération retardée

NADH 25mg

Énergie cellulaire

NADH · 25mg · DRcaps™

Jusqu’à 60 jours

39,90€