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Lactobacillus reuteri : souches, études et ce qu'on peut en attendre

Lactobacillus reuteri est l'un des probiotiques les plus étudiés, mais ses résultats dépendent de la souche. Coliques, os, Helicobacter pylori, gencives, cholestérol : ce que montrent vraiment les études.

Bactéries en bâtonnets, des lactobacilles, vues au microscope électronique et teintées de bleu ciel

Lactobacillus reuteri est l'un des probiotiques les plus étudiés : coliques du nourrisson, os, estomac, gencives… Mais derrière ce nom se cachent des souches très différentes, et un résultat obtenu avec l'une ne vaut pas pour les autres. Voici ce que montrent vraiment les études, souche par souche, avec les doses utilisées, les résultats négatifs, la sécurité et ce que la réglementation européenne permet d'affirmer.

L'essentiel

  • Depuis 2020, Lactobacillus reuteri s'appelle officiellement Limosilactobacillus reuteri, après le redécoupage du genre Lactobacillus.
  • Les résultats dépendent de la souche (DSM 17938, ATCC PTA 6475…) et ne se transposent pas d'une souche à l'autre.
  • Les données les plus solides concernent les coliques du nourrisson allaité ; sur l'os, deux essais se contredisent.
  • Aucune allégation de santé n'est autorisée pour les probiotiques dans l'Union européenne.

Qu'est-ce que Lactobacillus reuteri ?

C'est une bactérie lactique qui vit naturellement dans l'intestin de l'être humain et de nombreux animaux. Elle fait partie des espèces utilisées comme probiotiques, c'est-à-dire des micro-organismes vivants étudiés pour un bénéfice sur la santé lorsqu'ils sont consommés en quantité suffisante.

En 2020, une équipe internationale a revu la classification du genre Lactobacillus, devenu trop hétérogène avec 261 espèces. Elle l'a scindé en 25 genres sur la base des génomes complets. Lactobacillus reuteri est ainsi devenu Limosilactobacillus reuteri. L'ancien nom reste très utilisé sur les étiquettes et dans les recherches en ligne : il s'agit bien de la même espèce.

Pourquoi la souche change tout ?

Une espèce bactérienne regroupe une multitude de souches aux génomes et aux propriétés différents, un peu comme des races au sein d'une espèce animale. Chaque souche étudiée porte une désignation propre, faite de lettres et de chiffres : DSM 17938, ATCC PTA 6475, ATCC PTA 5289 ou NCIMB 30242 pour L. reuteri.

Une revue systématique de 228 essais l'a confirmé en 2018 : l'efficacité d'un probiotique dépend à la fois de la souche et de la situation étudiée. Une souche efficace dans un contexte peut ne rien faire dans un autre, et deux souches d'une même espèce peuvent donner des résultats différents. Regrouper « tous les L. reuteri » sous une même promesse n'a donc pas de sens.

Coliques du nourrisson : le dossier le plus solide

La souche DSM 17938 est la plus étudiée chez le nourrisson. Une méta-analyse sur données individuelles a regroupé 4 essais en double aveugle, soit 345 bébés souffrant de coliques. Après 21 jours, le groupe probiotique pleurait ou s'agitait en moyenne 25 minutes de moins par jour que le groupe placebo. L'effet était net chez les bébés allaités, mais non significatif chez ceux nourris au lait infantile, faute de données suffisantes. Plusieurs auteurs ont déclaré des liens avec le fabricant de la souche, en dehors de ce travail.

Le tableau n'est pas uniforme. Dans un essai australien mené en ville chez 167 nourrissons souffrant de coliques, allaités ou non, 100 millions d'UFC par jour pendant un mois n'ont apporté aucun bénéfice : à un mois, les bébés du groupe probiotique pleuraient ou s'agitaient même 49 minutes de plus par jour, surtout parmi ceux nourris au lait infantile.

Donner un probiotique dès la naissance pour éviter les coliques est encore moins établi. Une revue Cochrane de 6 essais (1 886 nouveau-nés) n'a pas trouvé de preuve claire d'une baisse du nombre de coliques, avec un niveau de certitude faible. La durée des pleurs était réduite, de 44 minutes par jour dans les essais avec L. reuteri, mais ces résultats sont très hétérogènes.

Perte osseuse : un essai positif, un essai négatif

La souche ATCC PTA 6475 a été testée sur l'os. En Suède, 90 femmes de 75 à 80 ans à faible densité osseuse ont reçu 10 milliards d'UFC par jour ou un placebo pendant un an. La perte de densité au tibia a été d'environ 0,8 % sous probiotique, contre 1,9 % sous placebo, soit une différence d'environ 1 point. Les autres mesures osseuses allaient dans le même sens, sans atteindre la significativité.

La même équipe a voulu confirmer ce résultat. Chez 239 femmes de 50 à 60 ans en début de ménopause, 1 ou 10 milliards d'UFC par jour pendant deux ans n'ont eu aucun effet sur la perte osseuse ni sur les marqueurs du remodelage osseux. Cet essai a été financé en partie par le fabricant de la souche.

Pour l'os, les allégations autorisées concernent des nutriments : « Le calcium est nécessaire au maintien d'une ossature normale », « La vitamine D contribue au maintien d'une ossature normale », « Le magnésium contribue au maintien d'une ossature normale ». Nous comparons les formes de ce dernier dans notre comparatif des formes de magnésium.

Helicobacter pylori : étudié en complément du traitement, sans le remplacer

Helicobacter pylori est une bactérie de l'estomac dont l'élimination repose sur une association d'antibiotiques prescrite par un médecin. Les probiotiques ont été étudiés en complément de ce traitement. Une méta-analyse de 11 essais randomisés, portant sur 724 patients, a trouvé un taux d'éradication un peu plus élevé quand des lactobacilles étaient ajoutés (risque relatif de 1,16). Pour le sous-groupe L. reuteri, le risque relatif était de 1,18, alors que la souche de L. rhamnosus testée ne faisait pas mieux que le contrôle. Les troubles du goût liés au traitement étaient aussi moins fréquents.

Le gain reste modeste, et les souches, doses et durées variaient d'un essai à l'autre. Un probiotique ne remplace en aucun cas les antibiotiques.

Parodontite : un effet modeste et de courte durée dans les essais

Dans la parodontite, une inflammation des tissus qui soutiennent les dents, des pastilles à sucer associant les souches DSM 17938 et ATCC PTA 5289 ont été testées après un détartrage approfondi. Dans un essai mené chez 30 patients, une pastille matin et soir pendant 12 semaines, à 100 millions d'UFC de chaque souche, a réduit davantage la profondeur des poches parodontales moyennes et profondes que le placebo. L'étude était en partie financée par le fabricant.

Une méta-analyse de 11 essais confirme un bénéfice modeste : environ 0,6 mm de profondeur de poche en moins à 3 semaines et 0,4 mm à 3 mois, un effet que les auteurs jugent de courte durée. Ici, la bactérie a été étudiée au contact des gencives : une pastille à sucer n'est pas l'équivalent d'une gélule avalée, comme nous l'expliquons dans notre article sur les gélules, comprimés et autres formes.

Cholestérol : une piste propre à une souche

Une méta-analyse de 6 essais (512 participants, 4 souches) a observé une baisse moyenne du cholestérol total de 0,26 mmol/L, sans effet sur le LDL, le HDL, les triglycérides, la tension ou la glycémie dans l'ensemble. Seule la souche NCIMB 30242 a réduit à la fois le cholestérol total et le LDL. D'autres ingrédients ont été étudiés sur les lipides sanguins, comme la berbérine que nous présentons dans notre article sur la berbérine.

Quelle dose de Lactobacillus reuteri dans les études ?

Les doses s'expriment en UFC, « unités formant colonies », c'est-à-dire en bactéries vivantes capables de se multiplier. Elles varient d'un facteur 100 selon la souche et la question étudiée.

Souche Sujet étudié Dose et durée Résultat
DSM 17938 Coliques (4 essais) 100 millions d'UFC/j en gouttes, 21 jours Environ 25 min de pleurs en moins par jour, surtout si allaités
DSM 17938 Coliques, essai en ville 100 millions d'UFC/j, 1 mois Aucun bénéfice
ATCC PTA 6475 Os, femmes de 75 à 80 ans 10 milliards d'UFC/j, 1 an Perte osseuse réduite d'environ 1 point
ATCC PTA 6475 Os, femmes de 50 à 60 ans 1 ou 10 milliards d'UFC/j, 2 ans Aucun effet
DSM 17938 + ATCC PTA 5289 Parodontite 2 pastilles/j, 12 semaines Poches un peu moins profondes
NCIMB 30242 Cholestérol Variable Cholestérol total et LDL abaissés

Lactobacillus reuteri est-il dangereux ?

Dans les essais cités, les effets indésirables n'étaient pas plus fréquents que sous placebo. Les infections dues à des lactobacilles restent rares : une revue des cas publiés entre 2019 et 2021 en a recensé 48, dont un seul impliquant L. reuteri. Elles touchaient surtout des personnes diabétiques ou immunodéprimées présentant des facteurs de risque, comme une valve cardiaque artificielle ou des soins dentaires récents.

Les prématurés sont un cas à part. Après le décès d'un prématuré, l'agence américaine du médicament (FDA) a averti en 2023 que les probiotiques donnés à des prématurés hospitalisés exposent à des infections graves, parfois mortelles. Demandez un avis médical avant tout probiotique en cas d'immunodépression, de maladie grave, de cathéter central ou pour un nouveau-né.

Que dit la réglementation européenne ?

Aucune allégation de santé n'a été autorisée pour un probiotique dans l'Union européenne. La Commission considère même que le mot « probiotique » constitue à lui seul une allégation de santé implicite. La seule allégation liée à des bactéries vivantes concerne les ferments du yaourt et la digestion du lactose, pas L. reuteri. Un complément contenant L. reuteri ne peut donc revendiquer aucun effet : les études décrites ici relèvent de la recherche, pas d'une promesse de produit.

Questions fréquentes

Comment lire le nom d'une souche ?

Les lettres DSM, ATCC ou NCIMB désignent la collection de cultures qui conserve la souche, en Allemagne, aux États-Unis ou au Royaume-Uni, suivies d'un numéro. Sans cette désignation sur l'étiquette, impossible de relier un produit à une étude précise.

Dans quels aliments trouve-t-on L. reuteri ?

Ce n'est pas un ferment classique du yaourt, fabriqué avec Streptococcus thermophilus et Lactobacillus bulgaricus. On le trouve surtout dans l'intestin humain et animal. Certains produits laitiers fermentés sont toutefois enrichis en souches précises.

Lactobacillus reuteri fait-il maigrir ?

Aucun des essais présentés ici ne portait sur le poids : rien ne permet d'affirmer qu'il fasse maigrir. Pour les envies de sucre, d'autres pistes ont été explorées, comme le gymnema présenté dans notre article sur le gymnema et l'envie de sucre.

Peut-on donner L. reuteri à un bébé ?

Les études sur les coliques ont utilisé des gouttes dosées pour le nourrisson, pas des gélules pour adultes. Demandez l'avis du pédiatre avant toute prise, et n'en donnez jamais à un prématuré sans encadrement médical.

Combien de temps faut-il le prendre ?

Les essais ont duré de 3 semaines pour les coliques à 12 semaines pour les gencives, et jusqu'à 2 ans pour l'os. Il n'existe pas de durée universelle : elle dépend de la souche et de la question étudiée.

Les yaourts maison au L. reuteri ont-ils fait leurs preuves ?

Ces préparations, populaires sur Internet, n'ont pas été évaluées dans les essais cités ici. On ignore la souche réellement présente et la quantité de bactéries vivantes, et l'hygiène de fabrication n'est pas contrôlée.

L. reuteri ou L. rhamnosus : lequel choisir ?

La question se pose au niveau de la souche, pas de l'espèce. Dans la méta-analyse sur Helicobacter pylori, les souches de L. reuteri ont amélioré l'éradication, pas la souche de L. rhamnosus testée. Sur un autre sujet, le classement pourrait s'inverser.

Conclusion

Lactobacillus reuteri n'est pas un probiotique unique mais une famille de souches aux résultats contrastés. La souche DSM 17938 dispose des données les plus solides, chez le nourrisson allaité souffrant de coliques ; les effets sur l'os, l'estomac, les gencives ou le cholestérol restent modestes, ponctuels ou contradictoires. Avant de conclure à partir d'une étude, vérifiez la souche, la dose, la population et la durée. Et retenez qu'aucune allégation de santé n'est autorisée pour les probiotiques dans l'Union européenne.

Sources

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  2. McFarland LV, Evans CT, Goldstein EJC (2018). Strain-Specificity and Disease-Specificity of Probiotic Efficacy: A Systematic Review and Meta-Analysis. Front Med, 5, 124. doi:10.3389/fmed.2018.00124
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  6. Nilsson AG et al. (2018). Lactobacillus reuteri reduces bone loss in older women with low bone mineral density: a randomized, placebo-controlled, double-blind, clinical trial. J Intern Med, 284(3), 307-317. doi:10.1111/joim.12805
  7. Gregori G et al. (2024). Limosilactobacillus reuteri 6475 and Prevention of Early Postmenopausal Bone Loss: A Randomized Clinical Trial. JAMA Netw Open, 7(6), e2415455. doi:10.1001/jamanetworkopen.2024.15455
  8. Yu M et al. (2019). Efficacy of Lactobacillus-supplemented triple therapy for H. pylori eradication: A meta-analysis of randomized controlled trials. PLoS One, 14(10), e0223309. doi:10.1371/journal.pone.0223309
  9. Teughels W et al. (2013). Clinical and microbiological effects of Lactobacillus reuteri probiotics in the treatment of chronic periodontitis: a randomized placebo-controlled study. J Clin Periodontol, 40(11), 1025-1035. doi:10.1111/jcpe.12155
  10. Song D, Liu XR (2020). Role of probiotics containing Lactobacillus reuteri in adjunct to scaling and root planing for management of patients with chronic periodontitis: a meta-analysis. Eur Rev Med Pharmacol Sci, 24(8), 4495-4505. doi:10.26355/eurrev_202004_21032
  11. Liu J et al. (2023). Limosilactobacillus reuteri consumption significantly reduces the total cholesterol concentration without affecting other cardiovascular disease risk factors in adults: A systematic review and meta-analysis. Nutr Res, 117, 1-14. doi:10.1016/j.nutres.2023.06.004
  12. Rossi F et al. (2022). Lactobacilli Infection Case Reports in the Last Three Years and Safety Implications. Nutrients, 14(6), 1178. doi:10.3390/nu14061178
  13. U.S. Food and Drug Administration (2023). Risk of Invasive Disease in Preterm Infants Given Probiotics Formulated to Contain Live Bacteria or Yeast. 29 septembre 2023. fda.gov
  14. Glanville J et al. (2015). A review of the systematic review process and its applicability for use in evaluating evidence for health claims on probiotic foods in the European Union. Nutr J, 14, 16. doi:10.1186/s12937-015-0004-5

Les compléments alimentaires ne remplacent pas une alimentation variée et équilibrée ni un mode de vie sain. Demandez conseil à un professionnel de santé en cas de traitement, de grossesse ou d'allaitement.

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