En mars 2024, l'Agence européenne des médicaments (EMA) a révisé son évaluation de la rhodiola, une plante très recherchée en France dès qu'il est question de fatigue ou de stress. Son verdict est nuancé : un usage traditionnel reconnu, mais des preuves d'efficacité clinique insuffisantes. Voici ce que mesurent vraiment les essais, au bout de combien de temps, et les précautions à connaître.
L'essentiel
- La rhodiola (Rhodiola rosea) pousse dans les montagnes froides ; ses extraits sont souvent dosés en rosavines et en salidroside, ses composés de référence.
- L'EMA reconnaît un usage traditionnel aux médicaments à base de rhodiola (144 à 400 mg d'extrait par jour), mais juge les preuves cliniques insuffisantes.
- Les essais sur la fatigue liée au stress sont petits, courts et contradictoires ; aucune allégation de santé n'est autorisée pour la plante.
- Effets rapportés : maux de tête, troubles digestifs, insomnie. Prudence avec les antidépresseurs ; déconseillée pendant la grossesse, l'allaitement et avant 18 ans.
Qu'est-ce que la rhodiola ?
La rhodiola (Rhodiola rosea), ou orpin rose, est une plante vivace de la famille des crassulacées. Elle pousse dans les montagnes et les régions froides de l'hémisphère Nord. Surnommée « racine d'or » ou « racine arctique », elle doit son nom de rhodiola à l'odeur de rose de sa racine fraîchement coupée.
On utilise le rhizome (une tige souterraine) et les racines. En Suède, des extraits secs sont utilisés comme médicaments depuis 1987.
Rosavines et salidroside : que contient la racine ?
Les composés les plus suivis sont les rosavines, qui servent de marqueur pour distinguer Rhodiola rosea des espèces voisines, et le salidroside, présent aussi chez d'autres rhodiolas. Leur teneur varie selon l'origine de la plante et le solvant : l'éthanol à 70 % extrait mieux les rosavines, l'éthanol à 40 % davantage de salidroside. Plusieurs essais ont utilisé des extraits titrés à environ 3 % de rosavine et 1 à 2,5 % de salidroside.
« Adaptogène » : que vaut ce mot ?
Le terme adaptogène a été proposé en 1947 par le chercheur soviétique N. V. Lazarev, pour une substance censée augmenter la résistance « non spécifique » de l'organisme au stress. En 2008, le comité des plantes de l'EMA a conclu que ce terme n'était pas accepté dans la terminologie pharmacologique et clinique de l'Union européenne. Il l'admet pour évaluer un usage traditionnel, pas pour autoriser un médicament : « adaptogène » décrit une tradition, pas un effet démontré.
Que dit l'Agence européenne des médicaments ?
L'EMA a adopté en 2012 une monographie sur la racine de rhodiola, révisée en mars 2024. Elle la range parmi les médicaments traditionnels à base de plantes, avec ce libellé : « Traditional herbal medicinal product for the relief of symptoms of stress, such as fatigue and exhaustion » (soulagement des symptômes du stress, comme la fatigue et l'épuisement). Ce statut repose sur au moins 30 ans d'usage, pas sur des essais concluants.
La posologie prévue est de 144 à 200 mg d'extrait sec par prise, une à deux fois par jour, chez l'adulte. L'EMA a refusé le statut d'« usage bien établi », fondé sur une efficacité démontrée, car les essais publiés présentent des défauts importants. La passiflore, autre plante à usage traditionnel reconnu, relève du même statut.
Cette monographie concerne des médicaments : aucune allégation de santé n'est autorisée pour la rhodiola dans les compléments alimentaires. Sur la fatigue, seules des allégations portant sur des nutriments existent, comme « le magnésium contribue à réduire la fatigue » ou « la vitamine B6 contribue à réduire la fatigue », pour un produit qui en est au moins une source (voir les formes de magnésium et les besoins en vitamine B6).
Rhodiola, fatigue et stress : que montrent les études ?
Les essais sont nombreux, mais petits, souvent anciens et contradictoires. Voici les principaux, décrits pour la plupart dans le rapport de l'EMA.
| Participants (année) | Dose et durée | Comparaison | Résultat |
|---|---|---|---|
| 56 médecins de garde (2000) | 170 mg/j, 2 semaines | Placebo | Fatigue mentale réduite, tests non validés |
| 161 élèves officiers (2003) | 370 ou 555 mg, une prise | Placebo | Indice de fatigue amélioré, tests non validés |
| 60 adultes épuisés par le stress (2009) | 576 mg/j, 4 semaines | Placebo | Léger avantage sur l'épuisement |
| 48 étudiants infirmiers (2014) | 364 à 546 mg/j, 6 semaines | Placebo | Fatigue plus marquée sous rhodiola |
| 100 adultes fatigués (2017) | 400 mg/j, 8 semaines | Aucune | Amélioration, effet placebo non mesurable |
Dans l'essai suédois de 2009, les deux groupes se sont améliorés en 28 jours, signe d'un effet placebo marqué. La rhodiola faisait un peu mieux sur une échelle d'épuisement (score passé de 4,27 à 4,01, contre 4,33 à 4,26 sous placebo) et sur certains tests d'attention. À l'inverse, l'essai canadien, financé sur fonds publics, a trouvé plus de fatigue sous rhodiola, avec un effectif inférieur aux 64 personnes prévues.
Ce qu'en concluent les synthèses
Une revue systématique de 2012 a retenu 11 essais : 2 sur 6 concluaient à un effet sur la fatigue physique, 3 sur 5 sur la fatigue mentale, mais tous présentaient un risque de biais élevé ou impossible à évaluer. Le NCCIH, l'institut américain des médecines complémentaires, juge la plupart des études chez l'humain de qualité faible à modérée. Des recommandations internationales de psychiatrie (2022) ne retiennent pas la rhodiola pour les troubles de l'humeur. Pour comparer avec d'autres pistes, voir les ingrédients anti-stress passés au crible des études.
Et sur la performance physique et mentale ?
Une méta-analyse de 2025 a regroupé 26 essais menés chez 668 volontaires en bonne santé, âgés de 22 ans et supplémentés 33 jours en moyenne. La rhodiola améliorait la consommation maximale d'oxygène et le temps d'effort avant épuisement, mais avec des effets de faible ampleur et des études hétérogènes. Sur la performance mentale, les données reposent surtout sur les essais anciens du tableau, aux tests jugés non validés par l'EMA. Pour des approches mieux étayées, voir les méthodes efficaces pour entretenir sa mémoire.
Rhodiola : effet immédiat ou au bout de combien de temps ?
Aucun effet immédiat n'est établi. Outre l'essai en prise unique chez des élèves officiers (voir le tableau), un essai chez 24 jeunes volontaires a testé 200 mg pris une heure avant un test d'endurance : l'effort a duré 24 secondes de plus en moyenne (de 16,8 à 17,2 minutes), sans gain supplémentaire après quatre semaines de prise.
Pour la fatigue liée au stress, les essais contrôlés ont mesuré leurs résultats après 2 à 6 semaines. Des études sans placebo décrivent une amélioration dès la première semaine, impossible à distinguer d'un effet placebo. La monographie européenne fixe un repère : si les symptômes persistent au-delà de deux semaines, il faut consulter.
Quels effets indésirables ?
Dans les essais, qui durent quelques semaines, la rhodiola est en général bien tolérée. La monographie européenne mentionne maux de tête, nausées, douleurs abdominales, diarrhées et réactions cutanées, de fréquence inconnue ; le NCCIH cite aussi vertiges, insomnie et bouche sèche. Les 26 signalements relevés en 2021 dans la base européenne de pharmacovigilance étaient surtout neurologiques (maux de tête, nervosité, insomnie) et digestifs.
Contre-indications : qui doit éviter la rhodiola ?
La monographie ne retient aucune interaction cliniquement pertinente et une seule contre-indication, l'allergie à la plante. L'EMA la déconseille toutefois pendant la grossesse et l'allaitement, faute de données, et avant 18 ans. Autres précautions :
- Antidépresseurs : in vitro, des extraits inhibent les monoamine-oxydases, enzymes ciblées par certains antidépresseurs. Une femme de 68 ans sous paroxétine a présenté agitation et tremblements, interprétés comme un syndrome sérotoninergique ; d'autres signalements concernent la sertraline.
- Trouble bipolaire : un épisode d'allure maniaque a été décrit chez un homme de 58 ans sans suivi psychiatrique antérieur, qui prenait trois fois la dose recommandée avec d'autres compléments ; sa sécurité chez les personnes vulnérables au trouble bipolaire n'est pas établie.
- Tension et glycémie : chez 13 volontaires, la rhodiola a réduit de 21 % la transformation du losartan, un antihypertenseur, et le NCCIH signale des interactions avec ce médicament. Chez la souris diabétique, un extrait a abaissé la glycémie ; les données humaines manquent.
Sous traitement pour une dépression, une hypertension ou un diabète, demandez l'avis de votre médecin ou de votre pharmacien.
La rhodiola est-elle dangereuse pour le foie ?
Les données disponibles ne le suggèrent pas, mais l'absence de signal n'est pas une preuve de sécurité. La base LiverTox des instituts de santé américains, référence sur les atteintes du foie d'origine médicamenteuse ou végétale, n'a pas de fiche sur la rhodiola. Elle ne la mentionne que comme ingrédient de produits à composants multiples, sans l'incriminer : les soupçons y portent sur d'autres ingrédients, comme l'extrait de thé vert.
Le rapport de l'EMA mentionne un cas de jaunisse chez une personne qui associait rhodiola, duloxétine et sertraline, sans que la part de chaque produit puisse être établie. L'agence ne relève pas de préoccupation particulière ; des atteintes du foie sont en revanche documentées avec l'ashwagandha. Jaunisse, urines foncées ou démangeaisons inhabituelles imposent d'arrêter et de consulter.
Les produits contiennent-ils vraiment de la rhodiola ?
Pas toujours. Sur une quarantaine de produits vendus en Europe comme Rhodiola rosea, environ un sur cinq ne contenait pas de rosavine ; environ 80 % des autres en contenaient moins que les médicaments enregistrés et semblaient mélangés à d'autres espèces. Une analyse ADN de 14 produits vendus au Royaume-Uni a détecté de la rhodiola dans 10 d'entre eux, mais seulement 5 correspondaient à Rhodiola rosea, les autres à des espèces voisines. Sur l'étiquette, cherchez au minimum le nom latin, la partie utilisée, la quantité d'extrait et sa teneur en rosavine : le salidroside seul ne prouve pas l'espèce.
Rhodiola ou ashwagandha : quelles différences ?
Souvent présentées comme des « adaptogènes » interchangeables, les deux plantes diffèrent sur plusieurs points.
| Critère | Rhodiola | Ashwagandha |
|---|---|---|
| Famille botanique | Crassulacées | Solanacées |
| Composés suivis | Rosavines, salidroside | Withanolides |
| Monographie de l'EMA | Oui, usage traditionnel | Non (déclaration publique, 2013) |
| Recherche principale | Fatigue, performance | Stress perçu, sommeil |
| Signaux de sécurité | Effets surtout bénins, interactions | Foie, thyroïde, avis restrictif de l'ANSES |
Nous n'avons trouvé aucun essai comparant les deux plantes seules, et aucune n'a d'allégation autorisée. Le choix dépend surtout des précautions propres à chacune : antidépresseurs ou trouble bipolaire pour la rhodiola, foie ou thyroïde pour l'ashwagandha, détaillées dans notre article consacré à l'ashwagandha.
Questions fréquentes
Faut-il prendre la rhodiola le matin ou le soir ?
Aucun essai n'a comparé les moments de prise. Dans l'essai canadien, deux gélules étaient prises au réveil, une troisième étant possible dans les quatre heures. L'insomnie figurant parmi les effets rapportés, une prise le soir paraît peu logique. Voir aussi nos repères sur le sommeil et la mélatonine.
La rhodiola fait-elle baisser le cortisol ?
Dans l'essai suédois de 2009, la réponse du cortisol au réveil a diminué davantage sous rhodiola que sous placebo, chez 60 personnes. Ce résultat d'un seul petit essai ne permet pas de parler d'effet « anti-cortisol », et aucun complément ne peut revendiquer un tel effet.
Combien de temps peut-on en prendre ?
Les essais décrits par l'EMA ont duré au plus 12 semaines, et le NCCIH juge la rhodiola « possiblement sûre » sur cette durée. Au-delà, les données manquent ; une fatigue qui persiste doit faire consulter plutôt qu'augmenter la dose.
Gélule, teinture ou tisane : quelle forme choisir ?
La monographie européenne ne couvre qu'un extrait sec à l'éthanol (67 à 70 %), sous forme solide. Tisane et teinture alcoolique relèvent d'usages traditionnels anciens, peu étudiés, aux doses non transposables. Pour comparer les formats, voir notre guide des gélules, capsules et comprimés.
Peut-on associer la rhodiola au safran ou au magnésium ?
Ces associations, fréquentes dans le commerce, ont été peu évaluées. Un mélange n'additionne pas forcément les effets, mais il additionne les précautions : montrez la composition à votre pharmacien si vous suivez un traitement.
La rhodiola fait-elle maigrir ?
Aucun des essais et synthèses cités ici n'a mesuré de perte de poids, et aucune allégation n'est autorisée sur ce point. Rien ne justifie de choisir la rhodiola pour perdre du poids.
Conclusion
La rhodiola est une plante à l'histoire solide et aux preuves fragiles. Son usage traditionnel contre les symptômes du stress est reconnu pour des médicaments, mais les essais sur la fatigue restent petits et contradictoires, et aucune allégation n'est autorisée pour les compléments. Sa tolérance paraît bonne à court terme, avec de vraies précautions et une qualité des produits inégale. Une fatigue qui dure plusieurs semaines mérite d'abord un avis médical.
Sources
- Agence européenne des médicaments, HMPC (2024). Rhodiola rosea L., rhizoma et radix : European Union herbal monograph, Revision 1 (EMA/HMPC/24177/2023) et Assessment report, Revision 1 (EMA/HMPC/24186/2023). ema.europa.eu
- Agence européenne des médicaments, HMPC (2008). Reflection paper on the adaptogenic concept. EMEA/HMPC/102655/2007. ema.europa.eu
- Agence européenne des médicaments, HMPC (2013). Withaniae somniferae radix : public statement (EMA/HMPC/681519/2012). ema.europa.eu
- Règlement (UE) n° 432/2012 de la Commission du 16 mai 2012 établissant une liste des allégations de santé autorisées portant sur les denrées alimentaires. Journal officiel de l'Union européenne, L 136, 1-40. eur-lex.europa.eu
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- Olsson EM, von Schéele B, Panossian AG (2009). Essai randomisé, en double aveugle et contre placebo, d'un extrait standardisé de racine de Rhodiola rosea chez des personnes souffrant de fatigue liée au stress. Planta Medica, 75(2), 105-112. doi:10.1055/s-0028-1088346
- Punja S et al. (2014). Rhodiola rosea for mental and physical fatigue in nursing students: a randomized controlled trial. PLoS One, 9(9), e108416. doi:10.1371/journal.pone.0108416
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- Sarris J et al. (2022). Clinician guidelines for the treatment of psychiatric disorders with nutraceuticals and phytoceuticals: The World Federation of Societies of Biological Psychiatry (WFSBP) and Canadian Network for Mood and Anxiety Treatments (CANMAT) Taskforce. The World Journal of Biological Psychiatry, 23(6), 424-455. doi:10.1080/15622975.2021.2013041
- Whig R, Leo RJ (2022). Mania associated with Rhodiola rosea: an adaptogen with antidepressant effects. The Primary Care Companion for CNS Disorders, 24(2), 21cr02980. doi:10.4088/PCC.21cr02980
- NCCIH (2025). Rhodiola: Usefulness and Safety. National Center for Complementary and Integrative Health, mise à jour d'avril 2025. nccih.nih.gov
- National Institute of Diabetes and Digestive and Kidney Diseases (2012-). LiverTox: Clinical and Research Information on Drug-Induced Liver Injury. NCBI Bookshelf, consulté en octobre 2026. ncbi.nlm.nih.gov
- Booker A et al. (2016). The authenticity and quality of Rhodiola rosea products. Phytomedicine, 23(7), 754-762. doi:10.1016/j.phymed.2015.10.006
- Ruhsam M, Hollingsworth PM (2018). Authentication of Eleutherococcus and Rhodiola herbal supplement products in the United Kingdom. Journal of Pharmaceutical and Biomedical Analysis, 149, 403-409. doi:10.1016/j.jpba.2017.11.025
Les compléments alimentaires ne remplacent pas une alimentation variée et équilibrée ni un mode de vie sain. Demandez conseil à un professionnel de santé en cas de traitement, de grossesse ou d'allaitement.



