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Huperzine A : mécanisme, études, doses et précautions

Extraite d'une plante chinoise, l'huperzine A freine l'enzyme qui dégrade l'acétylcholine. Ce que montrent vraiment les essais, les doses étudiées et les précautions à connaître.

Neurones et leurs ramifications vus au microscope, teintés de bleu ciel et de bleu marine

L'huperzine A est une molécule extraite d'une petite plante chinoise, Huperzia serrata. Elle freine l'enzyme qui dégrade l'acétylcholine, un messager chimique de la mémoire, exactement comme certains médicaments de la maladie d'Alzheimer. Que montrent vraiment les essais, chez des patients et chez des personnes en bonne santé ? Quelles doses ont été étudiées, et quelles précautions faut-il connaître ? Voici l'état des connaissances, sans raccourci.

L'essentiel

  • L'huperzine A inhibe de façon réversible l'acétylcholinestérase, l'enzyme qui dégrade l'acétylcholine dans le cerveau.
  • Les essais ont surtout été menés chez des patients atteints d'Alzheimer ; selon la revue Cochrane, leur qualité ne permet aucune recommandation.
  • Chez la personne en bonne santé, les données se limitent à une petite étude chinoise de 1999 chez des collégiens.
  • Effets cholinergiques possibles, dont un ralentissement du cœur, et interactions médicamenteuses : un avis médical s'impose en cas de traitement. En 2024, l'institut néerlandais de santé publique (RIVM) a jugé ces compléments nocifs et déconseille d'en consommer.

Qu'est-ce que l'huperzine A ?

L'huperzine A est un alcaloïde, une molécule azotée d'origine végétale. Des chercheurs chinois l'ont isolée en 1986 à partir d'Huperzia serrata, une plante de la famille des lycopodes, appelée Qian Ceng Ta en médecine traditionnelle chinoise.

Ce n'est pas un nutriment : l'organisme n'en a pas besoin pour fonctionner. Son intérêt vient entièrement de son action pharmacologique, qui explique à la fois ses effets étudiés et ses précautions d'emploi.

Comment agit l'huperzine A sur le cerveau ?

L'acétylcholine transmet l'information entre certains neurones, notamment dans les circuits de l'attention et de la mémoire. Une fois son message transmis, elle est détruite par une enzyme, l'acétylcholinestérase. L'huperzine A bloque cette enzyme de façon réversible : l'acétylcholine reste disponible plus longtemps.

C'est le principe du donépézil, de la rivastigmine et de la galantamine, des médicaments prescrits dans la maladie d'Alzheimer. Selon une revue de chercheurs chinois, l'huperzine A passerait mieux du sang vers le cerveau que plusieurs de ces médicaments et agirait plus longtemps. Des effets sur d'autres cibles, comme les récepteurs NMDA, ont été décrits en laboratoire ; leur intérêt chez l'humain reste à établir.

Que montrent les essais chez des patients ?

La plupart des essais ont été menés en Chine, chez des personnes atteintes de la maladie d'Alzheimer. Ils sont nombreux, mais souvent petits et de qualité méthodologique faible.

Analyse Participants Résultat
Revue Cochrane, 2008 6 essais, 454 patients (Alzheimer) MMSE +2,8 points, un seul essai de qualité suffisante
Méta-analyse, 2013 20 essais, 1 823 patients (Alzheimer) Effets favorables, risque de biais élevé
Essai américain, 2011 210 patients, 16 semaines Aucun effet sur le critère principal
Revue Cochrane, 2012 Trouble cognitif léger Aucun essai exploitable
Revue Cochrane, 2009 Démence vasculaire Un essai de 14 personnes, sans effet significatif

La revue Cochrane sur la maladie d'Alzheimer

En 2008, la collaboration Cochrane a analysé six essais randomisés portant sur 454 patients. Par rapport au placebo, l'huperzine A améliorait le score cognitif global MMSE d'environ 2,8 points sur 30, ainsi que l'autonomie au quotidien. Mais un seul essai était de taille et de qualité suffisantes : les auteurs jugent les preuves insuffisantes pour formuler une recommandation.

Une méta-analyse plus large, publiée en 2013, a réuni 20 essais et 1 823 patients âgés de 50 à 85 ans. Elle retrouve des effets favorables sur la cognition et les activités quotidiennes, mais la plupart des essais présentaient un risque de biais élevé. Les auteurs appellent à interpréter ces résultats avec prudence.

L'essai américain de 2011

Un essai mené aux États-Unis a inclus 210 patients atteints d'une maladie d'Alzheimer légère à modérée. Ils ont reçu pendant au moins 16 semaines un placebo ou de l'huperzine A, à 200 ou 400 µg deux fois par jour. La dose de 200 µg deux fois par jour, qui constituait le critère principal, n'a eu aucun effet sur la cognition.

Avec 400 µg deux fois par jour, un gain de 2,3 points sur l'échelle cognitive ADAS-Cog apparaissait à 11 semaines, contre un recul de 0,3 point sous placebo. À 16 semaines, la différence n'était plus significative.

Trouble cognitif léger et démence vasculaire

Deux autres revues Cochrane ont cherché des essais dans le trouble cognitif léger et dans la démence vasculaire. La première n'a trouvé aucun essai exploitable. La seconde n'a retenu qu'un petit essai de 14 participants, sans effet significatif. Dans ces situations, les données manquent.

Et chez la personne en bonne santé ?

Les données sont très rares. L'étude la plus citée date de 1999 : 34 paires de collégiens chinois qui se plaignaient de leur mémoire ont reçu 100 µg d'huperzine A deux fois par jour, ou un placebo, pendant quatre semaines. Leur quotient de mémoire a atteint 115 dans le groupe huperzine, contre 104 sous placebo, et leurs notes de chinois ont progressé.

Ce résultat, obtenu sur un petit effectif et publié dans une revue chinoise, n'a pas été reproduit à notre connaissance. Nous n'avons trouvé aucun essai rigoureux évaluant l'huperzine A chez l'adulte en bonne santé, ni sur sa sécurité d'emploi au-delà de quelques mois.

Demi-vie : combien de temps reste-t-elle dans l'organisme ?

L'huperzine A est absorbée rapidement : chez des volontaires sains, sa concentration dans le sang culmine en 60 à 80 minutes environ. Sa demi-vie d'élimination, c'est-à-dire le temps nécessaire pour éliminer la moitié de la dose, a été estimée à environ 5 heures chez 6 volontaires (dose de 0,99 mg) et à environ 12 heures chez 12 autres (dose de 0,4 mg).

Ces deux petites études, qui utilisent des modèles de calcul différents, donnent un ordre de grandeur plutôt qu'une valeur précise. Dans les essais cliniques, la dose quotidienne était en général répartie en deux prises.

Quelles doses d'huperzine A ont été étudiées ?

Les doses s'expriment en microgrammes : 1 mg équivaut à 1 000 µg. Dans les 20 essais de la méta-analyse de 2013, elles allaient de 200 à 800 µg par jour, pour une moyenne d'environ 370 µg, sur 8 à 36 semaines. Les collégiens de l'étude de 1999 recevaient 200 µg par jour, et la dose la plus élevée de l'essai américain atteignait 800 µg par jour.

Les doses citées ici ont été étudiées dans des essais, le plus souvent chez des patients sous suivi médical : elles ne constituent pas une recommandation.

Quels sont les effets indésirables ?

Ils découlent pour l'essentiel de son mode d'action : plus d'acétylcholine, c'est aussi plus d'effets dits cholinergiques dans le reste du corps. Dans les essais, ont été rapportés des nausées, une perte d'appétit, des vertiges, des vomissements, une constipation, une insomnie, une excitation, une soif, une transpiration et un ralentissement du rythme cardiaque (bradycardie).

Ces effets étaient décrits comme légers et aucun essai n'a signalé d'effet indésirable grave, mais 7 essais sur 20 ne rapportaient pas du tout leurs effets indésirables. En 2024, l'institut néerlandais de santé publique (RIVM) a toutefois jugé les compléments à base d'Huperzia serrata nocifs : selon son évaluation, des effets cholinergiques (salivation excessive, crampes abdominales, diarrhée, faiblesse musculaire, vision trouble) peuvent survenir même à la dose recommandée, et il conseille de ne pas en consommer, en particulier pendant la grossesse. Par ailleurs, la classe des inhibiteurs de cholinestérase n'est pas anodine : chez près de 20 000 personnes âgées atteintes de démence et traitées par ces médicaments, les hospitalisations pour syncope étaient 1,8 fois plus fréquentes, et celles pour bradycardie 1,7 fois plus fréquentes, que chez des personnes non traitées.

Interactions et contre-indications

L'huperzine A peut renforcer ou contrarier l'effet de plusieurs médicaments. Le tableau résume les situations décrites dans la littérature.

Situation Risque Conduite à tenir
Donépézil, rivastigmine, galantamine Effets cholinergiques cumulés Ne pas associer
Bêtabloquants, certains inhibiteurs calciques Bradycardie plus marquée Avis médical
Antipsychotiques bloquant la dopamine Symptômes de type parkinsonien Avis médical
Médicaments anticholinergiques Effets opposés Avis médical
Cœur lent, trouble de la conduction Aggravation possible À éviter
Grossesse, allaitement, moins de 18 ans Données de sécurité insuffisantes À éviter

Les médicaments anticholinergiques, comme certains traitements de l'incontinence urinaire, antihistaminiques anciens ou antidépresseurs tricycliques, bloquent l'action de l'acétylcholine. Dans une étude de 5 625 personnes débutant un inhibiteur de cholinestérase, 37 % recevaient aussi un anticholinergique, une association que les auteurs jugent potentiellement inappropriée.

Les notices des médicaments de la même classe signalent d'autres précautions : asthme, épilepsie, ulcère de l'estomac ou difficultés à uriner. En cas de maladie chronique, de traitement en cours ou d'opération prévue, parlez-en à votre médecin avant toute prise.

Questions fréquentes

L'huperzine A est-elle un médicament ?

Son statut varie selon les pays. En Chine, l'huperzine A est enregistrée comme médicament, prescrit dans la maladie d'Alzheimer. Aux États-Unis, elle est vendue comme complément alimentaire. Dans l'Union européenne, aucune allégation de santé n'est autorisée pour l'huperzine A : un produit qui en contient ne peut revendiquer aucun effet sur la mémoire ou la concentration.

Trouve-t-on de l'huperzine A dans l'alimentation ?

Non. Elle provient d'une plante de la famille des lycopodes, qui n'est pas consommée comme aliment. On ne la trouve que sous forme d'extrait de plante ou de molécule purifiée, dans des compléments. C'est aussi pourquoi aucun apport de référence n'existe pour elle.

Peut-on associer huperzine A et choline ?

Cette association est populaire, sur l'idée de fournir à la fois la matière première de l'acétylcholine et un frein à sa dégradation. Nous n'avons toutefois trouvé aucun essai contrôlé l'évaluant chez l'adulte en bonne santé. Pour les besoins et les sources de ce nutriment, voir notre article sur la choline.

Combien de temps peut-on en prendre ?

Dans les essais chez des patients, la durée allait de 8 à 36 semaines, avec une moyenne d'environ 15 semaines. Au-delà, la sécurité d'emploi n'a pas été évaluée de façon rigoureuse. Une prise prolongée mérite donc un suivi médical, d'autant que le ralentissement du cœur peut passer inaperçu.

Faut-il la prendre le matin ou le soir ?

Aucune étude n'a comparé les moments de prise. Les essais répartissaient la dose en deux prises quotidiennes. L'insomnie et l'excitation figurent parmi les effets rapportés : en cas de sommeil perturbé, mieux vaut en parler à un professionnel de santé. Notre article sur le sommeil et la mélatonine fait le point sur les troubles du sommeil.

Gélule ou comprimé : la forme compte-t-elle ?

Aucune étude n'a comparé les formes galéniques de l'huperzine A. Ce qui compte, c'est la quantité réelle d'huperzine A par unité, exprimée en microgrammes, et non le poids d'extrait de plante : une gélule de l'huperzine A 100 µg d'Hexagon®, par exemple, en contient 100 µg. Pour comprendre les différences entre gélules, capsules et comprimés, voir notre article sur les formes galéniques.

Conclusion

L'huperzine A est une molécule active, au mécanisme proche de celui de médicaments de la maladie d'Alzheimer. Les essais, presque tous menés chez des patients, montrent des effets possibles mais reposent sur des études de qualité insuffisante, et les données chez la personne en bonne santé sont quasi inexistantes. Ses effets cholinergiques et ses interactions imposent la prudence, et l'institut néerlandais de santé publique déconseille ces compléments depuis 2024. Pour la mémoire au quotidien, les méthodes les mieux démontrées sont ailleurs : voir notre article sur les moyens d'améliorer sa mémoire.

Sources

  1. Liu JS et al. (1986). The structures of huperzine A and B, two new alkaloids exhibiting marked anticholinesterase activity. Canadian Journal of Chemistry, 64(4), 837-839. doi:10.1139/v86-137
  2. Qian ZM, Ke Y (2014). Huperzine A: Is it an Effective Disease-Modifying Drug for Alzheimer's Disease? Frontiers in Aging Neuroscience, 6, 216. doi:10.3389/fnagi.2014.00216
  3. Wang R, Yan H, Tang XC (2006). Progress in studies of huperzine A, a natural cholinesterase inhibitor from Chinese herbal medicine. Acta Pharmacologica Sinica, 27(1), 1-26. doi:10.1111/j.1745-7254.2006.00255.x
  4. Li J et al. (2008). Huperzine A for Alzheimer's disease. Cochrane Database of Systematic Reviews, (2), CD005592. doi:10.1002/14651858.CD005592.pub2
  5. Yang G et al. (2013). Huperzine A for Alzheimer's disease: a systematic review and meta-analysis of randomized clinical trials. PLoS One, 8(9), e74916. doi:10.1371/journal.pone.0074916
  6. Rafii MS et al. (2011). A phase II trial of huperzine A in mild to moderate Alzheimer disease. Neurology, 76(16), 1389-1394. doi:10.1212/WNL.0b013e318216eb7b
  7. Yue J et al. (2012). Huperzine A for mild cognitive impairment. Cochrane Database of Systematic Reviews, 12, CD008827. doi:10.1002/14651858.CD008827.pub2
  8. Hao Z et al. (2009). Huperzine A for vascular dementia. Cochrane Database of Systematic Reviews, (2), CD007365. doi:10.1002/14651858.CD007365.pub2
  9. Sun QQ et al. (1999). Huperzine-A capsules enhance memory and learning performance in 34 pairs of matched adolescent students. Acta Pharmacologica Sinica (Zhongguo Yao Li Xue Bao), 20(7), 601-603. PubMed 10678121
  10. Qian BC et al. (1995). Pharmacokinetics of tablet huperzine A in six volunteers. Acta Pharmacologica Sinica (Zhongguo Yao Li Xue Bao), 16(5), 396-398. PubMed 8701751
  11. Li YX et al. (2007). Pharmacokinetics of huperzine A following oral administration to human volunteers. European Journal of Drug Metabolism and Pharmacokinetics, 32(4), 183-187. doi:10.1007/BF03191002
  12. Memorial Sloan Kettering Cancer Center (2022). Huperzia serrata : fiche professionnelle (mécanisme, effets indésirables, interactions), mise à jour du 26 mai 2022. mskcc.org
  13. Gill SS et al. (2009). Syncope and its consequences in patients with dementia receiving cholinesterase inhibitors: a population-based cohort study. Archives of Internal Medicine, 169(9), 867-873. doi:10.1001/archinternmed.2009.43
  14. Boudreau DM et al. (2011). Concomitant use of cholinesterase inhibitors and anticholinergics: prevalence and outcomes. Journal of the American Geriatrics Society, 59(11), 2069-2076. doi:10.1111/j.1532-5415.2011.03654.x
  15. de Heer JA, de Wit-Bos L (2024). Risicobeoordeling van kruidenpreparaten met Huperzia serrata [Évaluation des risques des préparations à base d'Huperzia serrata]. RIVM, rapport 2024-0028. rivm.nl

Les compléments alimentaires ne remplacent pas une alimentation variée et équilibrée ni un mode de vie sain. Demandez conseil à un professionnel de santé en cas de traitement, de grossesse ou d'allaitement.

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